Le travail photographique de Gaëlle Delort se construit sous la forme de recherches de terrain, nourries par la géomorphologie, l’anthropologie, la littérature et l’architecture. Par la collecte d’indices qui composent l’épaisseur d’un lieu et ses paysages, elle porte une attention aux formes de résonances entre des temporalités humaines et géologiques et déploie un travail photographique, éditorial et d’installation qui explore les conditions d’apparition des images et la perception des paysages.
Le karst, qui se réfère à la topographie originale et à l’important réseau de cavités souterraines provenant de l’érosion des plateaux calcaires qui forment la région des Grands Causses, est un sujet de choix pour ce travail de recherche. En effet, les avens, gouffres typiques de ces paysages, sont parcourus, pour certains dès le Néolithique, en raison des ressources qu’ils abritent (eau, calcite, argile) et sont considérés un temps comme les entrées des Enfers. A la fin du 19ème siècle, époque où est inventée la photographie, Edouard-Alfred Martel, jeune avocat passionné de géographie les explore avec ses collaborateurs, œuvrant ainsi au développement touristique de la région et à la fondation de la spéléologie moderne.
Travaillant avec la photographie argentique, principalement à la chambre, la pratique de Gaëlle Delort fait écho aux temporalités des phénomènes géologiques qu’elle observe. Le temps de pose, la contrainte matérielle, le rapport physique aux lieux, l’obscurité ou l’attente deviennent des éléments essentiels du travail. Elle qualifie cette approche d’infiltration photographique, indiquant un faire avec le territoire, et un processus inscrit dans le temps long. Depuis 2020, Elle combine la spéléologie à sa pratique photographique.
Karst a reçu l’aide à la création de la DRAC Occitanie en 2023.