La quête d’un danseur en arbre
Yann Desbrosses / www.lesensdelavisite.com
Je cherche à rendre sensible l’échange intime mais invisible qui nous relie à chaque instant au végétal. Cette interdépendance me touche car les arbres sont pour moi des partenaires de danse : chacun d’eux m’invite à une gestuelle et un contact singuliers. J’ai progressivement délaissé les plateaux et les espaces urbanisés pour approfondir ce lien qui éveille en moi une émotion venue de l’enfance, et que je ne peux exprimer que par le corps.
Au cours de 12 années de danse en nature avec Armelle Devigon et la Cie LLE, j’ai cheminé vers un mouvement dépouillé, en contact avec les présences des arbres, de l’eau et de la terre. Au fil de ce parcours j’ai créé Ad libitum, spectacle d’acrobatie aérienne qui recrée une gravité aquatique au moyen d’élastiques et de tissu, pour donner à voir la puissance « reptilienne » des ondulations de la naissance. La performance L’articulation du souffle en est la prolongation dans le sens où nous avons voulu offrir au public la possibilité de percevoir le mouvement respiratoire qui unit l’arbre à l’humain, le végétal à l’animal.
Un enjeu politique traverse cette création : à un moment clé de notre civilisation industrielle, rendre sensible et émouvante notre interdépendance avec le végétal. Cependant nous proposons une forme ouverte, non explicite, où la tension poétique laisse chacun libre de son regard.
Le regard d’une plasticienne : donner à voir l’espace intermédiaire
Linda Suthiry Suk / www.lindasuthirysuk.com
Itinéraire
Mon itinéraire de création se situe dans des traversées : traversée de la banlieue de Paris vers le Nord pour enseigner à l’école d’art du Beauvaisis, traversée vers le Cambodge où j’ai pu entreprendre des projets en lien avec mes origines, puis mouvement vers la périphérie dans un collectif de plasticiens et d’architectes mettant en regard notre démarche, convergence de points de vues autour d’une même thématique : la périphérie et la question du centre.
L’espace intermédiaire
De ces traversées, mon corps contient le rythme des paysages et le mouvement de la rêverie. La traversée est pour moi ce temps intermédiaire, temps en suspension qui rejoint ainsi mon travail plastique tourné vers la question de l’entre-deux : l’entre-deux territoire, l’entre-deux forme, l’entredeux sexe. Il crée une zone d’incertitude. Cette fascination de l’espace intermédiaire comme forme indéfinie tend vers la question du mouvement dans l’œuvre dans toute son amplitude et sa plasticité : image en mouvement, érosion, fluidité, gestuelle.
Le vivant
De mes recherches sur le geste, une nouvelle amplitude se déploie dans mon travail en nature développé depuis 2018 avec Yann Desbrosses L'articulation du souffle : la densité d'un nouveau mouvement tourné vers l'extrême lenteur et la contemplation du vivant.